13/10/2006

Nina van Gorkom Abhidhamma in Daily Life" trad française 1ch

Rebonjour,

Voici ma traduction en français du 1er chapitre de "Abhidhamma in Daily Life" de
Nina van Gorkom, qu'en pensent les spécialistes ?
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Chapitre 1

Les quatre paramattha dhammas

Il existe deux sortes de réalité : les phénomènes mentaux (nama) et les
phénomènes physiques (rupa). Nama est capable d'expérimenter ; rupa
n'expérimente rien du tout. Ce que nous prenons pour le soi n'est en fait que
nama et rupa qui apparaissent puis disparaissent à chaque instant. Le
Visuddhimagga (ou "le chemin de la pureté", un commentaire du canon pali)
explique (Ch. XVIII, 25) :

"Il est dit en effet :
On parle de char lorsque les pièces sont assemblées,
On conçoit communément un être quand les agrégats existent"

Ainsi, ce dont il est question dans ces centaines de suttas n'est que la
combinaison du physique et du mental : on ne peut parler d'êtres ou
d'individus. On peut parler d'un "char" pour désigner l'assemblage de
composants tels que roues, moyeu, timon, caisse... mais au sens ultime, quand
chaque composant est examiné séparément, on ne trouve nulle part un quelconque
char. De même pour la personne : on peut parler d'un "être" pour désigner
l'assemblage des composants que sont les cinq agrégats d'appropriation
(khandas), mais si on observe chacun de ses khandas, on ne trouve nulle part
une base solide pour affirmer l'existence d'un "moi". Au sens de la vérité
ultime, il y a seulement des phénomènes physiques et mentaux. Celui qui voit
les choses de cette façon possède la vision juste.

Tous les phénomènes à l'intérieur et à l'extérieur de nous ne sont que nama et
rupa qui apparaissent et disparaissent : ils sont impermanents. Nama et rupa
sont des vérités ultimes, en pali : paramattha dhammas. Nous pouvons
expérimenter leurs caractéristiques quelque soit le nom que nous leur donnons ;
nous ne sommes pas forcés de parler de nama et rupa. Ceux qui ont développé la
vision juste peuvent les expérimenter tels qu'ils sont réellement :
impermanents et sans soi. Voir, entendre, sentir, gouter, toucher, penser...
tous ces namas sont impermanents. Nous avons l'habitude de penser qu'il y a un
soi qui accomplit ces différentes fonctions, comme voir, entendre ou penser,
mais où est ce soi ? Est-il l'un de ces namas ? Plus nous connaissons les
différents namas et rupas en expérimentant leurs caractéristiques, plus nous
réalisons que le soi n'est qu'un concept : ce n'est pas un paramattha dhamma.

Les namas sont des phénomènes mentaux. Les rupas des phénomènes physiques. Nama
et rupa sont des réalités bien distinctes. Si nous ne parvenons ni à les
distinguer l'une de l'autre, ni à apprendre les caractéristiques de chacun,
alors nous continuerons de les considérer comme étant le soi. Par exemple, la
conscience auditive (entendre) est nama : elle n'a pas de forme, elle n'a pas
d'oreille. La conscience auditive est différente de l'ouïe, mais elle a l'ouïe
comme condition nécessaire. Le nama qui entend fait l'expérience du son. L'ouïe
et le son sont rupas et n'expérimentent rien ; ils sont en cela différent du
nama qui entend. Si nous ne réalisons pas que la conscience auditive, l'ouïe et
le son sont des réalités différentes les unes des autres, nous continuerons de
croire que c'est le soi qui entend.

Le Visuddhimagga (XVIII, 34) explique :

"En outre, nama n'a pas le pouvoir d'agir par lui-même : il ne mange pas, ne
boit pas, ne parle pas et ne change pas de posture. Rupa n'a pas non plus le
pouvoir d'agir seul, car il ne désire pas manger, boire, parler ni changer de
posture. Nama opère avec l'aide de rupa, et rupa avec l'aide de nama : quand
nama désire manger, boire, parler ou changer de posture, rupa mange, boit,
parle ou change de posture."

Un peu plus loin, nous lisons (XVIII, 36) :

"Les hommes vont sur les flots en montant à bord du navire,
la collection mentale  opère avec l'aide du physique.
Le navire va sur les flots grâce à l'action des hommes,
la collection physique opère avec l'aide du mental.
Le mental et le physique s'entraident
comme les hommes et le navire qui vogue sur les flots."

Il existe deux sortes de namas conditionnés : citta (la conscience) et les
cetasikas (les facteurs mentaux qui apparaissent en même temps que la
conscience). Ces namas apparaissent quand les conditions sont réunies pour
ensuite disparaître.

Citta a la capacité de connaître ou expérimenter un objet. Chaque citta possède
son propre objet, arammana en pali. Connaître ou expérimenter un objet ne veut
pas forcément dire penser à cet objet. Le citta qui voit a le domaine visible
comme objet ; cet instant de conscience (citta) est distinct des cittas qui
apparaissent par la suite, comme les cittas qui connaissent ce qui vient d'être
perçu et y pensent. Le citta qui entend (la conscience auditive) a le son pour
objet. Même quand nous dormons, et en l'absence même de rêve, citta expérimente
toujours un objet.  Il ne peut exister de citta sans objet (arammana). Il existe
un grand nombre de cittas différents, que l'on peut classer de plusieurs façons.

Certains cittas sont dits kusala (méritoires), d'autres sont dits akusala
(déméritoires). Les cittas méritoires comme déméritoires sont des instants de
conscience qui sont des causes : ils peuvent motiver des actes méritoires et
déméritoires par le corps, par la parole ou par la pensée. Certains cittas sont
le résultat d'actions méritoires ou déméritoires : on les nomme vipakacittas.
D'autres cittas sont au contraire ni causes, ni résultats : on parle alors de
kiriyacittas (cittas inopérants).

Les cittas peuvent être classé en fonction de leur jati (littéralement
"naissance" ou "nature"). Il existe quatre jatis :

Kusala
Akusala
Vipaka (résultant du kamma)
Kiriya (ne produisant pas de kamma).

Kusala vipaka (résultant d'un acte méritoire) et akusala vipaka (résultant d'un
acte déméritoire) forment en fait un seul jati, le vipaka jati.

Il est important de savoir de quels jatis citta relève. Nous ne pouvons mener
une vie saine si nous prenons ce qui est akusala pour  kusala, ou ce qui est
akusala pour vipaka. Par exemple, lorsque nous entendons des mots déplaisants à
notre encontre, l'instant de conscience où nous expérimentons le son (la
conscience auditive) est akusala vipaka, c'est à dire le résultat d'actions
déméritoires que nous avons accomplies. Mais l'aversion qui peut apparaître à
l'instant de conscience suivant n'est pas vipaka, juste akusala. Il nous est
possible d'apprendre à distinguer ces instants de conscience successifs en
réalisant leurs différentes caractéristiques.

Une autre de façon de classer les cittas est en fonction des domaines
d'existence (bhumi). Il existe plusieurs domaines d'existence. Le domaine
d'existence de la sphère sensorielle (kamavacara citta) est le domaine de la
sensualité, où s'exercent les différents sens : vue, ouïe, toucher, odorat,
goût. En fonction des objets plaisants et déplaisants expérimentés à travers
ces différents sens, des cittas méritoires et déméritoires apparaissent. Il
existe d'autres domaines d'existence où l'on ne fait pas l'expérience des sens.
Ceux qui cultivent samatha (la méditation de la tranquillité) et développent
l'absorption (jhana) atteignent ainsi jhana citta, un domaine d'existence hors
de la sphère sensorielle. Lokuttara citta (conscience supra-mondaine) est le
plus haut domaine d'existence, puisque c'est le citta qui expérimente
directement nibbana.
Il existe encore bien d'autres façons de classer les cittas, et si l'on
considère les diverses intensités de citta, cela fait encore plus de variantes.
Ainsi, les akusala cittas, qui ont leur racine dans lobha (l'attachement) dosa
(l'aversion) et moha (l'ignorance) peuvent manifester différentes intensités,
et motiver ou non des actions, en fonction du degré d'akusala. De même pour les
kusala cittas. Il est utile de connaître ces différentes classifications, parce
que de cette façon nous apprenons les divers aspects de citta. Il y a au total
89 types de citta (ou 121, selon la classification retenue). Si nous
développons notre connaissance des cittas, et si nous sommes conscients de ces
instants de conscience lorsqu'ils apparaissent, alors nous aurons moins
tendance à les prendre pour un "soi".

Cetasika est le deuxième paramatta dhamma, qui est nama. Comme nous l'avons vu
plus précédemment, citta expérimente un objet : la conscience visuelle a le
domaine visible pour objet, la conscience auditive a le son pour objet, la
conscience des pensées a la pensée pour objet. Mais citta n'est jamais seul, il
y a aussi les facteurs mentaux, ou cetasikas, qui accompagnent chaque instant de
conscience. Nous pouvons penser à quelque chose à un moment donné en ayant en
nous de l'aversion, en ressentant du bien-être, ou avec de sagesse. L'aversion,
le bien-être et la sagesse sont des phénomènes mentaux qui ne sont pas des
cittas : ce sont des cetasikas accompagnant différents cittas. Il ne peut
exister qu'un citta à la fois, mais il existe plusieurs cetasikas (au moins
sept) qui apparaissent et disparaissent simultanément avec citta. Citta
n'apparaît jamais seul. Par exemple, la sensation (vedana en pali) est un
cetasika qui apparaît avec chaque citta. Citta ne fait que connaître ou
expérimenter les objets : citta ne ressent pas. Mais vedana a la fonction de
ressentir. La sensation peut être agréable ou désagréable. Même quand nous ne
ressentons ni plaisir ni déplaisir, il y a toujours la sensation : cette
sensation est alors neutre, ou indifférente. Vedana est toujours présent : il
n'y a pas un instant de citta sans sensation. Quand par exemple la conscience
visuelle apparaît, la sensation apparaît en même temps que cette conscience
(citta). Le citta qui voit ne fait qu'expérimenter les objets visibles, on ne
peut pas encore parler de sensation agréable ou désagréable à ce stade : la
sensation qui accompagne ce moment de conscience est indifférente. Une fois que
la conscience visuelle a disparu, d'autre cittas apparaissent, certains pouvant
être accompagnés de sensations désagréables. La fonction de citta est de
connaître l'objet. Les cetasikas partagent le même objet que citta, mais chacun
a une fonction et une qualité qui lui est propre. Certains cetasikas
apparaissent systématiquement avec chaque citta. D'autres n'apparaissent
qu'occasionnellement.

Nous venons de voir que la sensation, vedana, est un cetasika qui apparaît avec
chaque citta. Le contact (phassa en pali) est un autre cetasika qui accompagne
également chaque instant de conscience : phassa "contacte" l'objet pour que
citta puisse le connaitre. La perception, ou reconnaissance, (sanna en pali)
est aussi un cetasika qui apparaît avec chaque citta. Dans le Visuddhimagga
(XIV, 130) nous lisons que sanna a la fonction de percevoir :

"Elles ont toutes le caractère de percevoir et le rôle d'amener à reconnaître,
dans l'avenir d'après le signe qu'il s'agit bien de la même chose, de même que
les charpentiers reconnaissent chaque type de bois..."

Citta se borne à expérimenter l'objet, mais ne le note pas. Sanna note lui
l'objet afin que celui-ci puisse être reconnu plus tard. A chaque fois que nous
nous souvenons de quelque chose, c'est sanna, et non le soi, qui intervient.
C'est sanna qui par exemple se rappelle que cette couleur est rouge, que ceci
est une maison, ou que ce son est celui d'un oiseau.

Il existe également des cetasikas n'apparaissant pas avec chaque citta. Les
akusala cetasikas (cetasikas déméritoires) apparaissent seulement avec les
akusala cittas. Les sobhana cetasikas (cetasikas nobles, efficaces)
apparaissent seulement avec les sobhanna cittas. Lobha (l'avidité,
l'attachement), dosa (l'aversion, la colère) et moha (l'ignorance) sont des
akusala cetasikas, qui apparaissent seulement avec les akusala cittas. Par
exemple, quand nous voyons quelque chose de beau, des cittas accompagnés
d'attachement pour ce que nous avons vu peuvent apparaître. Le cetasika qu'est
lobha apparaît avec cet instant de conscience. Lobha a pour fonction
l'attachement, l'avidité. Il y a encore d'autres cetasikas apparaissant en même
temps que les akusala cittas, comme la vanité (mana), les vues fausses (ditthi),
la jalousie (issa). Les sobhana cetasikas qui accompagnent les cittas nobles
sont par exemple la générosité (alobha), l'amour bienveillant (adosa), la
sagesse (amoha ou panna). Quand nous sommes généreux, alobha et adosa
apparaissent en même temps que les kusala cittas. Panna, la sagesse, peut
également apparaître avec ces kusala cittas, ainsi que d'autres sobhana
cetasikas. Les impuretés comme les qualités nobles sont des cetasikas, elles ne
sont pas le soi. On recense en tout 52 cetasikas différents.

Bien que les cittas et cetasikas soient tous deux nama, chacun possède des
caractéristiques différentes. On peut légitimement se demander comment les
cetasikas peuvent être expérimentés. Quand nous observons un changement dans
citta, une caractéristique des cetasikas peut être expérimentée. Par exemple,
quand des akusala cittas accompagnés d'avarice apparaissent après que les
kusala cittas accompagnés de générosité aient disparu, alors nous pouvons
observer ce changement. Avarice et générosité sont des cetasikas qui peuvent
être expérimentés et qui possèdent des caractéristiques distinctes. Nous
pouvons observer de la même façon le passage de l'attachement à l'aversion, ou
celui de la sensation agréable à la sensation désagréable. La sensation est un
cetasika que nous pouvons expérimenter, car il est parfois prédominant et qu'il
existe différents types de sensations. Nous pouvons expérimenter le fait que la
sensation désagréable et différente de la sensation agréable, qui elle même
diffère de la sensation neutre. Tous ces cetasikas apparaissent avec citta pour
disparaitre immédiatement avec le citta qu'ils accompagnent. Si nous développons
notre connaissance des cittas et cetasikas, alors cela nous aidera à voir les
choses tel qu'elles sont vraiment.

Etant donné que les cittas et cetasikas apparaissent ensemble, il est difficile
d'expérimenter leurs caractéristiques distinctes. Le Bouddha était capable de
d'expérimenter directement les différentes caractéristiques des cittas et
cetasikas, parce que sa sagesse était immense. Nous lisons dans Les questions
du roi Milinda (Livre III, chapitre 7,87) que le moine Nagasena a dit au roi
Milinda :

- "Le Bienheureux a fait une chose difficile.
- Laquelle" ?
- La chose difficile qui a été faite par le Bienheureux, c'est d'énoncer la
distinction de tous les dhammas immatériels, psychiques, qui se trouvent dans
un seul organe des sens : contact, sensation, perception, pensée, conscience.
- Donne-moi une comparaison.
- Si un homme sautait d'une barque dans la mer, prenait de l'eau dans sa main et
y goûtait, pourrait-il reconnaître l'eau du Gange, de la Yamuna, de l'Acivarati,
de la Sarabhu, de la Mahi ?
- Cela serait bien difficile.
- De même le Bienheureux a fait une chose très difficile en distinguant ces
dhammas."

Les cittas et cetasikas sont des paramattha dhammas (des réalités ultimes) ayant
chacun leur caractéristiques propres. Ces caractéristiques peuvent être
expérimentées, peu importe le nom qu'on leur donne. Les paramattha dhammas ne
sont pas des mots, ou des concepts, ce sont des réalités. Les sensations
agréables et désagréables sont réelles, leurs caractéristiques peuvent être
expérimentées sans que nous ayons besoin de les appeler "sensations agréables"
ou "sensations désagréables ". L'aversion est réelle, et peut être expérimentée
lorsqu'elle se présente.

En plus des phénomènes mentaux existent aussi les phénomènes physiques. Ces
phénomènes physiques (rupa) représentent le troisième paramattha dhamma. Là
encore, il existe plusieurs sortes de rupas, chacun ayant ses propres
caractéristiques. On compte quatre rupas principaux, encore appelés grands
éléments (maha-bhuta-rupa en pali).

Ceux-ci sont :

L'élément terre, ou solidité (expérimenté comme dureté ou élasticité)
L'élément eau, ou cohésion
L'élément feu, ou température (expérimenté comme chaud ou froid)
L'élément vent, ou mouvement (expérimenté comme oscillation ou pression)

Ces grands éléments sont les rupas principaux, qui apparaissent en même temps
que tous les autres rupas, ou rupas dérivés (upada rupa). Les rupas
n'apparaissent jamais seuls, ils  apparaissent en groupes ou unités. Il y a
forcément au moins huit sortes de rupas apparaissant en même temps. Par
exemple, à chaque fois que le rupa température apparaît, la solidité, la
cohésion, le mouvement et d'autres rupas apparaissent simultanément. Les rupas
dérivés, eux, sont par exemple les organes sensoriels de la vue, de l'ouïe, de
l'odorat, du goût, du toucher, et les objets de ces organes : le domaine
visible, le son, les odeurs, les saveurs...

Diverses caractéristiques de rupa peuvent être expérimentées à travers les yeux,
les oreilles, le nez, la langue, le corps et l'organe mental. Ces
caractéristiques sont réelles puisque elles peuvent être expérimentées. Nous
utilisons des termes conventionnels, comme "corps" et table". Tous deux ont la
caractéristique de la dureté, qui peut être expérimentée par le toucher. De
cette façon, nous pouvons prouver que la caractéristique de la dureté est la
même, peut importe qu'il s'agisse d'une table ou d'un corps. La dureté est un
paramattha dhamma. Le corps et la table eux ne sont pas des paramattha dhammas,
seulement des concepts. Nous croyons que le corps demeure et le prenons pour un
soi, mais ce que nous appelons "corps" n'est que différent rupas qui
apparaissent puis disparaissent. Ce terme de "corps" peut nous éloigner de la
réalité. Nous connaitrons la réalité si nous apprenons à reconnaître les
caractéristiques de rupas quand elles apparaissent.

Citta, cetasika et rupa apparaissent seulement quand les conditions sont réunies
: ce sont des dhammas conditionnés (sankhara dhamma en pali). La conscience
visuelle ne peut apparaître en l'absence de vision ou d'objets visibles. Ces
derniers sont des conditions nécessaires. Le son ne peut apparaître que si les
conditions nécessaires sont réunies. Et une fois apparu, il disparaît à
nouveau. Tout ce qui apparaît en dépendant de conditions disparaît une fois que
les conditions ont elle-même disparu. On peut pourtant objecter que le son
possède une durée. Mais en réalité, ce que nous prenons pour un son long, qui
dure, n'est qu'une suite de rupas se succédant les uns les autres.

Le quatrième paramattha dhamma est nibbana. Nibbana est un paramattha dhamma
parce qu'il est réel. Nibbana peut être expérimenté à travers l'esprit si l'on
suite le noble sentier, c'est à dire le développement de la sagesse qui voit
les choses telles qu'elles sont. Nibbana est nama. Mais nibbana est différent
des cittas et cetasikas, ces réalités ultimes qui apparaissent lorsque les
conditions sont réunies pour ensuite disparaître. Nibbana est une réalité
non-conditionnée : nibbana n'apparaît pas ni ne disparaît. Les cittas et
cetasikas sont des namas expérimentant des objets. Nibbana est un nama qui
n'expérimente aucun objet, mais il peut être l'objet de cittas et cetasikas qui
l'expériencent. Nibbana est sans substance, il est dénué de soi : il est anatta.

Pour résumer, les quatre paramattha dhammas sont donc :

Citta
Cetasika
Rupa
Nibbana

Quand nous étudions le Dhamma, il est essentiel de savoir de quel paramattha
dhamma relève telle ou telle réalité. Car si nous ne le savons pas, nous
pouvons être induits en erreur par le langage conventionnel. Nous devons par
exemple savoir que ce que nous appelons "corps" est en fait rupa paramattha
dhamma, et que le corps n'inclut ni cittas ni cetasikas. Nous devons aussi être
conscient que nibbana n'est ni citta ni cetasika, mais est le quatrième
paramattha dhamma. Nibbana est la fin de toutes les réalités conditionnées, qui
apparaissent pour disparaître. Pour l'arahat, le parfait, l'allé-au-delà, il n'y
a plus de renaissance, plus aucun nama ou rupa qui apparaît ou disparaît.

Tous les dhammas conditionnés, citta, cetasika et rupa sont impermanent
(anicca).
Tous les dhammas conditionnés sont insatisfaisants (dukkha), souffrance, car
impermanents.
Tous les dhammas sont sans soi (anatta), comme l'énonce la formule pali : "sabbe
dhamma anatta" (Dhammapada verset 279).

Ainsi les dhammas conditionnés sont impermanents et dukkha, à la différence de
nibbana. Mais tous les dhammas, y compris nibbana, ont pour caractéristique
anatta, l'absence de soi.
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Sébastien Billard

20:23 Écrit par hubert leclerc sprl dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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