28/10/2006

UNNIVERSITE BOUDDHIQUE EUROPEENNE description dif theravada mahayana, (ré)incarnation, vacuité

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L'Université Bouddhique Européenne transmet certes des "savoirs" mais son
originalité tient aussi au fait que tous ses enseignants (en tout cas ses
enseignants réguliers) sont des pratiquants de longue date (15, 20 ou 30
ans...), souvent responsables de centres ou enseignants dans des centres. Du
coup, le "savoir" transmis l'est en connaissance... de "connaissance",
expérimentée par ailleurs !
Aucun "savoir" ne remplacera une "connaissance" directe et personnelle, nous
sommes bien d'accord sur ce point. Mais il est indéniable aussi que toutes
les écoles bouddhistes, en tout cas en Asie, ont toujours associé l'étude
des textes à la pratique des états méditatifs... respectant en cela bien des
enseignements du Bouddha, qu'on peut résumer de la sorte : il convient
d'écouter l'enseignement, de l'étudier et de le méditer, puis enfin de le
pratiquer pour le confronter à la réalité et l'expérimenter. C'est ce que
disent, notamment, des textes comme le Kalama-sutta ou le Canki-sutta.

Pour ce qui est des différences entre écoles et courants, on peut y trouver
un intérêt historique et intellectuel, c'est sûr... on peut aussi y voir une
illustration du Bouddha-Dharma : tous les phénomènes du samsâra sont
conditionnées et dukkha apparaît si l'on s'y attache !!
Il n'est pas mauvais de savoir que l'enseignement d'une tradition est lui
aussi un phénomène conditionné et en connaître les conditionnements peut
aider sur la Voie...
Comme le rappellent de nombreux enseignements, si l'on emploie le "radeau"
du Dharma, il faut le "saisir" correctement et savoir l'abandonner
ensuite... une fois l'expérience faite (mais seulement après l'avoir bien
connu, bien compris et correctement utilisé !!).

Les différences entre Theravâda et écoles issues du Mahâyâna sont nombreuses
; voici quelques-unes des plus importantes :
=> le Theravâda enseigne que le "monde" existe indépendamment de nos
perceptions et que ce monde est régi par 5 lois, dont le kamma ; donc tout
n'est pas [fruit du] kamma...
=> pour le Theravâda (et d'autres écoles du bouddhisme ancien), un
bodhisatta ne reçoit ni ne donne aucun enseignement durant sa carrière, tant
qu'il n'a pas atteint le plein et complet Eveil. C'est pourquoi le Theravâda
refuse les sûtra du Mahâyâna, dans lesquels les bodhisattva sont enseignés
et enseignent eux-mêmes. Pour le Theravâda, la grandeur d'un bodhisatta est
de retrouver le Dhamma seul et par ses propres efforts, sans recevoir
d'enseignements (ce qui, sinon, ferait de lui un "sravaka"... un simple
"auditeur" - et impliquerait, aussi, que le Dharma n'est accessible "que"
par des enseignements)
=> le Theravâda s'intéresse avant tout au Bouddha dans sa carrière de
Bouddha (et non pas de bodhisatta), après l'Eveil, lorsqu'il est un bhikkhu
vivant selon le Vinaya, c'est-à-dire quand son mode de vie est "exemplaire"
de l'Octuple Noble Sentier. Les écoles du Mahâyâna privilégient la carrière
du bodhisattva, pratiquant les "parâmitâ", qui peuvent se pratiquer
indépendamment du Vinaya et "remplacent" l'Octuple Noble Sentier [il
faudrait développer...].
=> en revanche, et contrairement à ce qu'on lit et entend souvent, le
Theravâda, comme les écoles du Mahâyâna, enseigne la "vacuité du Moi et de
tous les phénomènes" [c'est une autre école du bouddhisme ancien,
aujourd'hui disparue, le Sarvâstivâda, qui niait la vacuité ultime des
phénomènes...]. Un ouvrage de Nagârjuna comme "les stances du Milieu par
excellence" est tout à fait acceptable pour les theravâdins, car il met en
cause le processus de création des "opinions"... mais ça n'est pas le cas de
nombreux autres ouvrages du Mahâyâna !

Quant à la question de la "réincarnation"...
Il faudrait commencer par dire que le terme est tout à fait inadéquat au
bouddhisme car, pour parler de ré-in-carnation (= retour dans la chair), il
faut croire à l'existence d'un principe spirituel éternel (âtman / atta) qui
passerait de corps en corps... existence que nie le bouddhisme ! C'est
pourquoi on parle généralement de "re-naissance" = ré-apparition d'un
phénomène, dus à un ensemble de conditions réunies, de manière instantanée,
et aussitôt détruites...
Et, en fait, le "ré-" lui-même est de trop, car le phénomène qui apparaît
n'est jamais semblable à celui qui l'a immédiatement précédé (et
conditionné) ni à celui qui le suivra (et qu'il conditionnera), car
l'ensemble des conditions, impermanentes, aura changé...
A vrai dire, la seule chose qui ré-apparaisse et re-naisse, au sens strict,
c'est l'interprétation fautive qui fait de cette succession de phénomènes,
conditionnés-conditionnants, les différentes phases d'évolution d' "un"
phénomène !! Autrement dit : c'est le kamma qui renaît... cette
interprétation mentale qui déclare, devant un phénomène ou un ensemble de
phénomènes : "Ceci est moi, ceci est mien, ceci est mon Soi", et "cela
évolue" - alors que le bouddhisme enseigne que les phénomènes, tous
différents les uns des autres, se conditionnent successivement et, donc, que
"rien" n'évolue, au sens strict !!

L'emploi du terme "ré-incarnation" s'est surtout imposé, à travers le
bouddhisme tibétain, par influence du vocabulaire anglo-saxon, qui ne fait
pas de différence formelle (malheureusement...) entre "rebirth"
(renaissance) et "reincarnation" - et comme une très mauvaise traduction
pour présenter le phénomène des "tülkou" (les "maîtres réincarnés", comme le
Dalaï-Lama ou le Karmapa...). Qui est familier du Mahâyâna sait qu'un Tülkou
n'est pas une "réincarnation" ni même la renaissance d'un individu, mais le
"corps d'apparition" (nirmanakâya) d'un Bouddha ou d'un Bodhisattva
Mahâsattva, qui, parce qu'ils connaissent la réalité (vacuité) des
phénomènes, sont capables de "jouer" avec les formes pour adapter leur forme
visible à la vision de leurs auditeurs potentiels. Un nirmanakâya, en fait,
est la création mentale de ceux qui "voient" le Bouddha dans la réalité
relative, mais non pas une forme créée par le Bouddha lui-même... Il s'agit
d'un "corps illusoire". On est bien loin des fantasmes occidentaux sur les
réincarnations !!!

Un dernier mot sur la "vacuité" et le jeu de mots de "Cat the Rat" :
« Ils s'alourdissent l'esprit, qu'il conviendrait bien plutôt de vider ; se
"remplissent" l'esprit à la recherche de la "vacuité". »

Le "vide" de la vacuité n'est pas un vide de pensées ou de concepts...
La vacuité concerne le vide "d'existence permanente et indépendante", le
vide "d'existence en-soi" !
Comme le dit Nagârjuna : "Ce que nous appelons vacuité, c'est la
co-production conditionnée".
Ce qui veut dire que tout phénomène, y compris une pensée et un concept,
existe bien, mais de façon conditionnée et instantanée, et que je ne peux en
dire "ceci est moi, ceci est mien, ceci est mon Soi"... rien de plus !
L'important n'est pas de se vider l'esprit - ce qui suppose, paradoxalement,
qu'on a une "idée" de ce qu'est un esprit ... - mais de voir en quoi les
pensées et les concepts sont des phénomènes, indépendants de "ma" volonté
(illusoire...), qui apparaissent et disparaissent en fonction de
conditions...

Bien amicalement
[Monsieur...;-)] Dominique Trotignon

Université Bouddhique Européenne
http://www.bouddhisme-universite.org




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15:12 Écrit par hubert leclerc sprl dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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