03/11/2006

Sunyatas.


    Les Quatre Sunyatas.

Littéralement, Sunyata signifie vacuité ou vide, mais cela signifie en
fait beaucoup plus que ce que chacun de ces mots évoque. Selon le
contexte, Sunyata peut signifier « réel » ou « non réel », ou « ni réel
ni non réel » : c'est donc un mot déconcertant ! Examinons donc chacune
des quatre sortes de Sunyata, sans perdre de vue que ce ne sont pas des
créations de l'imagination métaphysique, mais des tentatives de
communication en termes conceptuels d'une vision, ou de quelque chose
que les Éveillés ont réellement vu et dont ils ont fait l'expérience.


      Samskrta Sunyata : la vacuité du Conditionné.

Samskrta sunyata, la vacuité du Conditionné signifie que l'existence
conditionnée, phénoménale et relative, est dépourvue des
caractéristiques de l'Inconditionné, de l'Absolu, de la Vérité. Les
caractéristiques de l'Inconditionné sont tout d'abord le bonheur, puis
la permanence (non le fait qu'il persiste dans le temps, mais qu'il
occupe, si l'on peut dire, une dimension dans laquelle le temps lui-même
n'existe pas), et enfin l'être véritable, la Réalité Ultime.

L'existence conditionnée est dépourvue de ces caractéristiques de
l'Inconditionné. Au contraire, elle est insatisfaisante, impermanente et
non entièrement réelle. Pour cette raison le conditionné est dit vide de
l'Inconditionné, le Samsara est dit vide du Nirvana. Cela signifie, en
termes pratiques, que nous ne devons pas nous attendre à trouver, dans
le flux de l'existence relative, ce que seul l'Inconditionné, l'Absolu,
peut nous donner.


      Asamskrta Sunyata : la vacuité de l'Inconditionné.

Asamsrta sunyata, la vacuité de l'Inconditionné signifie que
l'Inconditionné est dépourvu des caractéristiques du conditionné. Dans
l'Inconditionné, dans le Nirvana, il n'y a pas de malheur ni de
souffrance, pas d'impermanence, et pas de non-réalité, qui sont les
caractéristiques du conditionné. Il n'y a que les caractéristiques
opposées, dans toute leur ampleur. Tout comme l'on ne trouvera pas le
conditionné dans l'Inconditionné, on ne trouvera pas l'Inconditionné
dans le conditionné.

Ces deux premières formes de Sunyata sont communes à toutes les formes
de bouddhisme. Étant mutuellement exclusives, elles représentent de
façon évidente une approche comparativement dualiste, qui est une base
de travail nécessaire durant les premières étapes de notre vie
spirituelle. Nous devons faire cette distinction, penser « Voici le
conditionné, voilà l'Inconditionné ; je veux aller d'ici à là ». Nous ne
pouvons nous empêcher de penser en ces termes.

Selon la tradition Hinayana, la Sagesse --- voir les choses telles
qu'elles sont réellement --- consiste à voir les objets et les personnes
du monde extérieur, aussi bien que tous les phénomènes mentaux, en
termes de ce qui est techniquement connu sous le nom de dharmas. Le mot
dharma a de nombreuses significations. Généralement, il signifie
« enseignement » ou « doctrine », mais ici il signifie quelque chose de
très différent. Selon le Hinayana, il n'y a en réalité pas d'existant ou
pas de chose objective tels que, par exemple, une maison, un arbre, ou
un homme. Si l'on observe ces choses de près, si on les examine et on
les analyse, elles deviennent, si l'on peut dire, insubstantielles. In
fine, elles tendent à se réduire à un flux, à un courant d'éléments
irréductibles qui sont des processus psychophysiques non substantiels et
impersonnels. Ces éléments sont connus sous le nom de dharmas.

Cependant, pour le Mahayana, la Sagesse consiste en la réduction des
dharmas eux-mêmes à la Sunyata. Voir les choses en termes d'objets ou de
personnes est dû, selon le Mahayana, à nos illusions les plus
flagrantes. Le fait d'apprendre à voir ces objets et ces personnes en
termes de dharmas supprime ces illusions grossières. Mais le Mahayana va
plus loin, en disant que voir les choses en termes de dharmas n'est pas
les voir dans leur réalité ultime. Nous voyons les choses en termes de
dharmas du fait d'une illusion subtile ; celle-ci aussi doit être
supprimée. Nous la supprimons en sachant, en voyant que les dharmas
eux-mêmes sont Sunyata. La Sagesse telle que le Mahayana l'entend est
connue sous le nom de Perfection de la Sagesse, Prajña Paramita. La
Perfection de la Sagesse consiste à voir la Sunyata partout, à tout
moment, en toute circonstance.

Les troisième et quatrième types de Sunyata sont spécifiques au Mahayana.


      Maha Sunyata : la Grande Vacuité.

Dans le Mahayana, « maha », outre sa signification littérale de
« grand », signifie toujours « se rapportant à la Sunyata ». Le Mahayana
est le « Véhicule de la Sunyata ».

Dans la Maha Sunyata, ou Grande Vacuité, nous voyons que la distinction
entre le conditionné et l'Inconditionné n'est de façon ultime pas
valide, que c'est un produit de la pensée dualiste. Nous pouvons passer
dix, quinze, ou vingt ans de notre vie spirituelle en nous basant sur la
présomption que le conditionné est conditionné et que l'Inconditionné
est Inconditionné. Mais finalement nous devons apprendre à voir la
« vacuité » de la distinction entre les deux, à voir que cette
distinction doit être transcendée. Nous devons voir, faire l'expérience
--- et non pas seulement spéculer, ou comprendre intellectuellement ou
théoriquement --- que le rupa et la Sunyata, la forme et la vacuité, le
conditionné et l'Inconditionné, que les êtres ordinaires et les
Bouddhas, sont d'une même essence, d'une même Réalité ultime. Ceci est
la Maha Sunyata, la Grande Vacuité dans laquelle toutes les distinctions
et toutes les dualités sont oblitérées. C'est ce grand vide dans lequel
les personnes, y compris celles qui ont une vie spirituelle, ont si peur
de disparaître. Elles veulent s'accrocher à leurs façons dualistes de
penser --- soi et les autres, ceci et cela --- mais en définitive
celles-ci doivent être englouties. C'est la Caverne du Tigre qui est
remarquable par le fait que de nombreuses traces y mènent, mais
qu'aucune n'en sort. C'est pourquoi on veut y aller !


      Sunyata Sunyata : la Vacuité de la Vacuité.

La Vacuité de la Vacuité nous dit que la vacuité elle-même n'est aussi
qu'un concept, qu'un mot, qu'un son. Dans la Maha Sunyat", on est
toujours attaché à de subtiles pensées, à de subtiles expériences
dualistes. Même ceci, de façon ultime, doit être abandonné. On arrive
alors à la Sunyata Sunyata, et il n'y a plus rien à dire. Tout ce qui
reste est silence --- mais un silence plein de signification, un
« silence de tonnerre ».

Toutes ces catégories doctrinales, provenant du Hinayana aussi bien que
du Mahayana, tentent d'apporter une expression conceptuelle à une vision
de la nature de l'existence.

10:52 Écrit par hubert leclerc sprl dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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