28/03/2007

EVOLUTION RENAISSANCE/ REINCARNATION avis de D TROTIGNION

 Dominique Trotignon a écrit : La notion de re-naissance n'est donc pas très
compatible avec l'idée de l'évolution... car, pour évoluer, un phénomène doit
exister au moins un moment, en tout cas une certaine durée... sinon il ne
pourrait pas "changer", "évoluer".

... et pour ne pas évoluer ??



----- Original Message -----
From: Université Bouddhique Européenne
To: bouddha@...
Sent: Tuesday, February 27, 2007 10:07 AM
Subject: Re :RE : [bouddha] j'ai du mal avec l'idée de réincarnation ?


Puisqu'on m'interpelle...

Une petite précision de vocabulaire, tout d'abord...
La "ré-in-carnation" suppose que "quelque chose" revient (ré-) dans (in-) un
corps (-carnation), et ce quelque chose est généralement compris comme une âme
ou un principe spirituel qui serait indépendant du corps et éternel.
Comme le bouddhisme nie l'existence réelle d'un tel principe spirituel, a
priori, on ne devrait donc pas employer ce terme !
Dans les faits - et parce que les anglophones ne font guère de distinction
entre "rebirth" et "reincarnation" - on a pris l'habitude de l'employer en place
de "renaissance", qui est le terme le plus approprié dans le cadre du
bouddhisme.

Cette notion de "re-naissance" (= apparition renouvelée, répétée) est en fait
une critique du principe de réincarnation admis dans le brahmanisme et
l'hindouisme et doit être considéré comme un "moyen habile" afin de mettre fin à
l'idée d'un "Soi", permanent et indépendant (atta, atman en sanskrit).
Pour le bouddhisme, si aucune âme ou esprit passe de corps en corps, il
existe, en revanche, un ensemble de phénomènes psychiques et physiques qui se
modifient à chaque instant (pour le bouddhisme, tous les phénomènes sont
strictement instantanés) et auxquels nous nous identifions en créant cette "idée
de moi".
On ne peut pas dire de ces phénomènes qu'ils sont interdépendants (ce qui
supposerait qu'ils existent de façon durable), mais plutôt qu'ils se
conditionnent mutuellement à chaque instant ("comme deux bottes de roseau
appuyées l'une sur l'autre", dit le Visuddhimagga).
Ce qui se renouvelle ("re-naît") et donne l'impression de durée, c'est
l'attachement et l'identification, à chaque instant reproduite... mais, en
réalité (selon le bouddhisme...) aucun de ces phénomènes ne perdure plus qu'un
instant et, dans leur succession, sont toujours différents. C'est l'attachement
et l'identification qui créent l'idée de corps et d'esprit ("un" corps + "un"
esprit).
Dans la réalité absolue, donc, il n'y aurait rien qui renaît (puisque les
phénomènes sont toujours différents) et encore moins rien qui se réincarne
(puisque les phénomènes sont toujours éphémères).
Un texte comme le Kalama-sutta déclare, à la fin de son exposé, qu'un
"disciple noble, bien instruit" ne se "préoccupe pas des renaissances", car il a
mis fin à toute croyance en "un" corps et "un" esprit : il ne voit qu'un
ensemble de phénomènes apparaissant et disparaissant à chaque instant, il ne s'y
identifie plus et, pour lui, il n'y a donc rien qui "naît" ou qui "meurt".
Il y a d'ailleurs toujours, dans les textes, une opposition claire entre
"naître et mourir" (qui concernent le "Moi" tel que nous l'imaginons et le
ressentons dans la vie ordinaire) et "apparaître et disparaître" (qui concernent
les phénomènes dans leur réalité ultime).

La notion de re-naissance n'est donc pas très compatible avec l'idée de
l'évolution... car, pour évoluer, un phénomène doit exister au moins un moment,
en tout cas une certaine durée... sinon il ne pourrait pas "changer", "évoluer".
Or, pour le bouddhisme, l'instantanéité est fondamentale...
D'ailleurs, ce n'est pas par hasard que la théorie de l'évolution est née en
Occident, où on a toujours cru à l'existence d'un Moi durable !

Bien amicalement
Dominique Trotignon

Université Bouddhique Européenne
http://www.bouddhisme-universite.org

09:40 Écrit par hubert leclerc sprl dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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